« Tout peut être art, tout peut fonctionner comme l’art. »?
Un critique d’art polonais, Grzegorz Dziamski, dans sont article intitulé « De l’art à la culture visuelle » a écrit : « Tout peut être art, tout peut fonctionner comme l’art. » Est-ce que vraiment tout pour devenir art ? Dans l’ère où l’art contemporain a radicalement évolué grâce à de nouveaux supports, la diversité de la technique, etc., l’artiste cherche à dépasser des limites, il les repousse le plus loin possible, il cherche du nouveau, il découvre. Les artistes mettent en rapport l’éthique et l’esthétique. Est-ce que le but est de choquer, de provoquer, de déstabiliser, de déranger pour faire réfléchir le spectateur ? Quand est-ce que l'on dépasse les limites de l'art?
Le corps humain a fasciné et intrigué les artistes depuis des siècles. Dans l’art contemporain le corps est devenu un des composants d’un nouveau langage artistique.
Est-ce que les artistes en utilisant des cadavres humains essaient de gagner juste la renommée, scandaliser et profaner le corps humain? Il y a beaucoup de remarques et objections sur ce sujet comme la désacralisation du corps humain.
Les critiques sont partagés. On peut le voir dans le travail de Gunther Von Hagens, pour lui la fabuleuse machine humaine n’a plus aucun secret. Les uns disent que son travail permet de rendre l’anatomie humaine accessible à tous et représenté de façon très intéressante et originale, les autres, que ses modèles n’ont pas plus de valeurs éducatives que des mannequins !
Dans son exposition « Body Worlds and the Mirror of Time », il met en scène des cadavres humains (200 spécimens humains et animaux, les organes et les corps entiers) conservés grâce à la technique de la « plastination », elle retrace les cycles de la vie, les différents stades de développement d’embryons et fœtus, les effets du vieillissement. On peut voir le cerveau humain avec les effets des migraines ou de la maladie d’Alzheimer, tumeur du foi, fœtus, ulcères, cœur abîmé par la crise cardiaque ou encore poumons couverts de goudron chez les fumeurs qu’on peut comparer avec ceux d’un non-fumeur. Les personnes fascinées par le corps humains, tels que les médecins, scientifiques, étudiants en médecine peuvent regarder ces parties du corps humain, les recoins où ils n’auront peut-être jamais d’occasion de plonger leur regard. Voir les muscles, organes, veines ou ossements qu’ils n’ont vu que dans les livres, tout ça dans une ambiance et un agencement très sombre mais apaisant, silencieux et respectueux à la fois, loin du silence des cimetières. La valeur de chaque modèle est mise par l’éclairage spécial – les lumières chaudes.
Est-ce qu’on peut considérer ce mélange, assez risqué, d’objets scientifiques avec le style artistique comme un prolongement d’une tradition ancienne de l’art anatomique ? La limite reste très délicate entre l’art qui présente les corps et les corps qui représentent l’art.
L’Allemagne (presque 800.00 visiteurs) a essayé d’interdire l’exposition en expliquant que c’es un manque de respect pour le corps humain. Au Japon (2,5 millions visiteurs), il essaie de casser les tabous culturels en créant ipso facto une grande polémique mélangé avec un choque.
L’exposition invite les visiteurs à réfléchir sur le statut de notre corps, soit vivant soit mort, on est confronté à notre propre mortalité, confronté à nos croyances sur la mort et sur notre destin, ce qui va se passer avec notre corps quand notre âme s’en détachera. C’est aussi une exposition qui permet une vision sur le corps humain, normalement réservée aux professionnels. Fascinant et repoussant, dérangeant et passionnant à la fois. On peut trouver dans son exposition le but morale, réaliste et éducatif en même temps.
Mais il reste toujours une question : Est-ce une leçon d’anatomie ou de l’art ?
De mon point de vue, il y un aspect cognitif dans les œuvres de Von Hagens qui a pour but de révéler la complexité du corps humain. Ce n’est pas seulement une œuvre d’art, c’est avant tout une œuvre de la nature et l’homme l’a représenté de façon éducative et intéressante.
Si cette forme d’art, ou autrement dit, cette forme de représentation du corps humain ne plaît pas, on n’est pas obligé d’aller la voir. Il faut tout de même savoir que les expositions étaient visitées par déjà plus de 20 millions de spectateurs de tous âges de part le monde, dont 87% a jugées l’exposition positivement et à peine 4% négativement. Dans plusieurs villes, l’exposition a eu un tel succès qu’elle restait ouverte 24 sur 24. Presque 5 milles personnes visitant l’exposition ont déclaré qu’ils voudraient devenir donateurs après leur mort, voudraient ainsi que leur corps soit transformé en œuvre d’art, pour aider les futures générations à mieux connaître le corps humain. Certains trouvent qu’ils ont maltraité leur propre corps, qu’ils ont négligé leur santé et pour rendre grâce à ce corps, ils ont décidé de le livrer à la science.
Si la science s’abreuve du besoin de partager les découvertes, l’art a besoin de s’exprimer, quels théories médicales ou réflexions veut nous transmettre Von Hagens ? Si la science nous aide à comprendre et à connaître le monde, l’art en revanche réveille nos impressions esthétiques, intellectuelles et philosophiques, quel genre de personnes veut-il attirer ? Les amateurs d’art ou les scientifiques ? Est-ce que c’est le goût de la science et de l’anatomie qu’ils les attirent? L’envie de connaître mieux le mécanisme de notre organisme et ses recoins et mystères ? Ce qui est certain, c’est que les modèles plastifiés de Von Hagens attirent l’attention des scientifiques autant que des artistes contemporains.
Des normes ou des standards éthiques différents s'appliquent à l’art et la science et ces normes sont différentes en Europe, en Chine.
Le groupe « Cadavre », apparu dans les années 90’, formé de jeunes artistes chinois de la génération des années 70’, utilise les cadavres d’humains et d’animaux pour réaliser des installations ou des performances. Parmi les artistes les plus connus sont Xiao Yu, Zhu Yu, Sun Yuan, Peng Yu. La mise en scène de cette création artistique très cruelle a provoqué les nombreux débats, des fois même les interventions des tribunaux contre la violation des lois ou encore les plaintes contre les musées mais aussi les artistes et les collectionneurs. C’est pour ça, dans certains musées, à la place des œuvres le spectateur ne pouvait regarder que des vidéos ou des photographies des travaux, surtout en Occident où on se posait une question sur la liberté de l’artiste et les limites de ce qu’on présente. Les œuvres étaient retirées entres autres de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon en 2000. L’Occident ne voulait pas considérer le travail des artistes chinois comme des œuvres d’art, il était considérait comme les actes extrêmes pleins de cruauté. Mais est-ce que les actes extrêmes pourraient-ils devenir des œuvres d’art ?! Pourquoi pas, si Marcel Duchamp a présente un urinoir comme une œuvre d’art, les actes extrêmes des artistes chinois pourraient être considérés comme tels, comme un « ready made ». L’acte et la création artistique ont été déjà bousculés à l’extrême et la provocation, il y a 60 ans à peu près, chez les avant- gardes.
Le groupe manifeste son indignation contre le monde de l’art contemporain, il recherche de nouvelles formes d’expression artistique en voulant se concentrer sur l’idée de sensation.
Le plus critiqué, le plus « scandaleux » parmi tous les artistes est Zhu Yu, qui a fait une série de photographies très détaillée de son happening, réalisé en 2000, montrant son repas du cadavre d’un nouveau- né. Il lave d’abord le cadavre sous un robinet, ensuite s’assois devant un plateau, entouré par les baguettes, les couverts et un bol, sur lequel on peut distinguer les jambes, le torse, la tête et les bras d’un enfant. La série n’était jamais exposée en public mais elle tournait sur le net et même à la télé. Il y a une autre performance, intitulé « Donner mon enfant à manger au chien » (2002), encore plus cruelle, qui consiste à donner le cadavre d’un nouveau-né à manger au chien d’artiste. En plus, Zhu Yu a trouvé pour ça une femme qui était d’accord pour porter son enfant, ensuite l’avorter au quatrième mois de grossesse et de le donner à l’artiste.
Je pense qu’on ne peut pas faire une performance plus cruelle et plus radicale!
L’artiste a été accusé d’aller trop loin, au-delà du tabou, d’insulter des cadavres humains et de commettre des crimes contre l’humanité. L’artiste était très critiqué autant en Chine qu’en Occident.
Sun Yuan, un autre jeune artiste chinois faisant partie du groupe « Cadavre », a présenté une installation à Pékin intitulée « Le miel ». C’était un nouveau- né mort allongé sur une tête décapitée d’un vieillard émergeant d’un lit de glace. Selon d’artiste, c’est une représentation de l’acte d’amour, de la recherche d’amour. C’est une beauté mélangée avec l’horreur de la mort. L’exposition n’a duré qu’une journée car la glace s’est fondu et le tête de vieillard devait être rendue à l’hôpital qui l’avait emprunté. L’artiste a réalisé une performance avec Peng Yu « Les corps connectés » (2000) en mettant en scène deux bébés mort-nés avec les deux artistes assises derrière en transfusant leur sang à la bouche de bébés.
Selon Xiao Yu, ses œuvres représentent son respect pour la vie, elles font réfléchir sur les limites et certaines règles dans l’art et dans la société, c’est une sorte d’une démonstration extrême par l’absurde, aberration. L’artiste utilise souvent des fœtus humains et des cadavres d’animaux mais aussi des animaux vivants en les assemblant.
Le « Bébé- mouette » présente une tête d’un foetus d’un bébé mort-né avec les yeux d’un lapin assemblé sur un corps d’une mouette avec les ailes dispersés qui est immergé dans un bocal rempli de formol. Cette installation fait partie de la collection privée d’Uli Sigg, ancien ambassadeur de Suisse en Chine. Xiao Yu voulait exprimer sa peur et sa panique par rapport au clonage et la manipulation génétique. Xiao Yu veut dénoncer l’instrumentalisation du corps humain et créer lui-même les règles par ses œuvres et essaie de nous poser les questions à travers ses œuvres très cruelles sur les limites esthétiques et éthiques.
Est-ce qu’on peut utiliser des cadavres humains, et à partir de ce matériel morbide faire l’art ?
On ne peut pas avoir de réponse catégorique, car si l’utilisation de cadavre garde la même valeur et la même symbolique, on devrait peut- être accepter le fait d’utiliser le corps humain dans l’art. De nombreux pays condamnent de la même manière la profanation de corps et restent culturellement et cultuellement attachés au respect des morts, et c’est un territoire inviolable
Je trouve que le choc est nécessaire dans l’art car il nous fait réfléchir sans oublier la dignité humaine bien sûr. Sans oublier q’il n’y a pas de liberté sans limites, mais il n’y a pas de limites absolues. Les artistes devraient respecter un peu plus la sensibilité du spectateur et censurer certaines œuvres susceptibles de violer la loi morale. L’action artistique comme n’importe quelle action d’ailleurs doit être attaché à la distinction du mal et du bien.
Les corps ou les fœtus deviennent des composants d’un nouveau langage artistique et ça va toujours provoquer un débat sur l’éthique, car nos goûts personnels et la façon de voir ou ressentir les choses dépendent de notre éducation et notre culture.
Notre conscience nous permet de regarder les cadavres d’animaux accrochés dans les abattoirs, voir des personnes porter des fourrures, mais ne nous permet pas de regarder le torse ouvert d’un être humain. Peut-être faut-il se dire qu’à part notre corps, il y a quelque chose de plus qui vivra plus longtemps.
On sait très bien que le corps va se décomposer, autant en faire quelque chose d’utile…
Karolina Bierdziewska